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Méli-mélo >  Portraits de jardiniers >  L’Homme à la bêche

Article publié le 8 décembre 2008 et visité 2147 fois.

" Je sais bien qu’il existe une foule de belles professions, comme d’écrire dans les journaux, de voter au Parlement, de siéger dans un conseil d’administration ou de signer des paperasses officielles ; mais bien que tout cela soit beau et méritoire, on ne fait pas dans ces professions cette figure, on n’a pas cette posture, si monumentales, plastiques et véritablement sculpturales, qui sont celles de "l’homme à la bêche".

Monsieur, lorsque vous êtes debout dans votre plate-bande, un pied appuyé sur votre bêche et que vous vous essuyez le front en disant "Ouf !", vous avez tout l’air d’une statue allégorique ; il suffirait que l’on vous déterre avec vos racines et que l’on vous pose sur un socle, portant une inscription comme "le Triomphe du Travail" ou "le Maître de la Terre", ou quelque chose dans ce goût-là. Je dis cela parce que c’est justement le moment, je veux dire le moment de bêcher.

Oui, en novembre il faut retourner le sol et l’ameublir. Prendre la terre à pleines bêches, c’est une sensation aussi appétissante et gastronomique que de prendre de la nourriture à pleines louches ou à pleines cuillères. La bonne terre, comme la bonne nourriture, ne doit être ni trop grasse, ni trop lourde, ni trop froide, ni trop humide, ni trop sèche, ni trop gluante, ni trop dure, ni trop crue : elle doit être comme du pain, ou du pain d’épices, comme un gâteau, comme une pâte levée ; elle doit s’émietter mais non pas se dissoudre ; elle ne doit pas former des blocs ni des mottes, mais quand vous la retournez à pleines bêches, elle a loisir de respirer et de se répandre en petits grumeaux et en grains de gruau. Et alors ce sera une terre appétissante et comestible, cultivée et loyale, une terre profonde et tiède, perméable, aérée et tendre, bref une terre bonne comme on dit de certains hommes qu’ils sont bons ; et dans cette vallée de larmes, il n’y a rien de meilleur comme on le sait. "

Extrait de Karel Capek : " L’Année du jardinier", 1929, chapitre : Novembre.

PS : Photo : Paysans malgaches retournant une parcelle à la main... et pieds nus.

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