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Article publié le 29 mai 2016 et visité 267 fois.

"[Le toit de la maison de mon enfance à Pékin, paraissait à mes quelques dix ans aussi long qu’une piste d’envol]...

Ce l’était en effet. Car c’est de là, que, muni d’une longue perche avec un chiffon rouge, je faisais s’envoler l’orchestre composé de mes pigeons à la queue desquels j’avais fixé ces sifflets dont les sonorités, au cours de leur vol, provoquaient les commentaires des connaisseurs chinois voisins. Chang, chargé de veiller sur moi, et qui fut, plus tard, mon maître d’hôtel, m’initia au choix des sifflets pour la composition de mon orchestre et à la sélection des pigeons les plus aptes à les véhiculer. Ma passion était si forte, les heures consacrées à ces choix si nombreuses, que ma mère pourtant indulgente, déclarait que j’étais atteint de "pigeonite aiguë".

[Un demi siècle plus tard, revenu sur le lieu de mon enfance, mes souvenirs s’éveillèrent...]

"Des pigeons domestiques font l’affaire. Il est d’abord essentiel qu’ils reviennent au colombier pour éviter la double perte du pigeon et de son sifflet. L’accoutumance au lieu est donc nécessaire et le plus sage est d’attendre avant les premiers envols qu’une couvée les fixe à demeure. En ville où, à Pékin notamment, de nombreuses maisons étaient identiques dans le même quartier, la sagesse voulait que quelques tuiles vernissées de couleur posées sur le toit facilitent la reconnaissance par les pigeons en vol de la demeure de leur propriétaire. Les précautions ainsi prises pour assurer leur retour étaient d’autant plus nécessaires que nombre d’amateurs - dont j’étais - nourrissaient l’ambition permanente de récupérer les volatiles du voisin. Mon futur maître d’hôtel m’avait ainsi appris que de l’anis pilé dans un peu d’huile de sésame constituait un produit qui, passé sur les ouvertures du colombier, enduisaient les ailes des pigeons ; les traces de cette odeur - délice des pigeons - étaient de nature a en inciter d’autres à choisir un nouveau bercail.

Il convient, en deuxième lieu, d’habituer les pigeons au sifflet et à sa sonorité. Par suite, dès qu’il arrive à l’âge adulte, entre six et huit mois, on l’affuble du sifflet le plus léger possible, et on choisit pour ses premières expéditions dans le ciel le moment ou il poursuit sa femelle, celle-ci étant bien entendu gardée au colombier. La force et l’habitude venant, on accroît les dimensions et le poids du sifflet. Ainsi, au fil des jours, se constitue l’orchestre dont la composition idéale était de quatorze paires différentes de sifflets, soit vingt-huit pigeons porteurs. Ceux-ci pouvaient bien entendu être accompagnés de pigeons non porteurs afin de constituer une masse, en vol, plus compacte pour le plaisir de l’oeil sans doute mais aussi comme sécurité supplémentaire en cas de rencontre avec un orchestre rival. En outre un large groupe de pigeons était de nature à rallier quelques égarés. Un orchestre convenable justifiait la présence d’une centaine de pigeons dans le colombier. Le lever et le coucher du soleil étaient les heures les plus propices à l’envol des pigeons, la préparation de l’orchestre exigeant une bonne heure. La durée du vol est nécessairement variable selon le temps et l’endurance des pigeons. Un bon orchestre fonctionne de vingt minutes à une heure, l’aire très approximative de déplacement étant de cinq cents mètres à trois kilomètres du colombier."

Claude CHAYET, La Revue française de Pékin, 1982, in Le Goût de Pékin, Ed. Mercure de France, 2004.

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