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Méli-mélo >  Les Plantes et les jardins en littérature >  Les Fils de la Vierge

Article publié le 26 octobre 2016 et visité 11523 fois.

D’où viennent les fils de la Vierge qui habillent le jardin à l’automne ?

Les jeunes araignées sortant du cocon, ou les adultes des petites espèces, utilisent ce mode de locomotion pour migrer : attachées à leur long fil comme à un cerf-volant, elles comptent sur le vent pour les emporter un peu plus loin, puis abandonnent le fil derrière elles.

De tout temps ces guirlandes dans les buissons ont nourri l’imaginaire des hommes :

"L’automne a doré le front des forêts. Déjà les bois semblent effrilés. Sur les coteaux, les vignes nourrissent les raisins et, dans le val, les cimes des grands peupliers font trembler leurs feuilles comme des sequins d’or et montrent leurs branches dénudées pareilles à des mâtures sans voiles. Les soirs ont des crépuscules d’ombres diaphanes, et, dans les matins blêmes, il semble qu’on voie danser des dames blanches le long des ruisseaux.
.../...

Les grands ramiers dorment dans les sapins noirs, les hirondelles virent une fois encore vers leurs nids, le long du vieux clocher.

Dans l’air, on voit parfois voleter des fils blancs. Ils tournoient ou tombent tout droit, ou bien ils s’accrochent aux branches des arbres, aux herbes des prés, aux fleurettes dernières au bord des sentiers, aux brindilles qui traînent, aux ajoncs des bois. Ce sont les fils de la Vierge ; on dirait une vaste résille couvrant le front du sol déjà froid.

Mais que sont-ils vraiment, ces fils si blancs ? Ils nous tombent du ciel en dansant un peu, au gré de la brise, et puis s’en vont on ne sait où parfois : ici, là, là-bas, plus loin encore...

Les vieilles gens les contemplent avec des yeux mélancoliques...Il semble à ces grands-pères et grands-mamans que ce sont des fils coupés au derniers beaux jours de leur vie ; car les reverront-ils encore une fois, l’an prochain, ces fils de la Vierge ?

D’autres gens, quelques pauvres attristés, les regardent en pensant que, s’ils étaient en laine, ils pourraient faire un bon tricot cet hiver.

Les enfants leur sourient et courent après. Courez, petits, courez bien vite, attrapez le joli fil, et tenez-le un peu en vos menottes... Hélas ! Il est déjà cassé, fil de la Vierge, illusion..., illusion d’enfant.

En effet, que ne dit-on point aux enfants pour bercer leurs jeunes âmes ? On fleurit leurs pensées comme des seuils nouveaux. Fils de la Vierge, quelle main vous a tissés ? Fils de la Vierge, pourquoi vous a-t-on filés ? Fils de la Vierge, qui a tenu la quenouillette ?

Et la légende veut que ce soit la Vierge Marie qui fila ainsi, un jour, ces fils blancs comme la plus blanche des toisons.
N’est-ce point, aussi la bonne Notre-Dame qui, jadis, fit la neige du duvet de ses oies blanches, tout en berçant son enfantelet ?
Mais, les fils de la Vierge, qui donc les pelotonne ? C’est la Vierge Marie.
.../...

Et tant et tant elle fila qu’elle en eu plus qu’elle ne voulut, et que des pelotons se dévidèrent en s’éparpillant...

Voilà pourquoi, aux derniers jours radieux d’octobre, viennent vers nous ces fils blancs, ces jolis fils de la Vierge."

Jean-Marie ROUGÉ : Histoires du Jardin de la France, Mame, 1943

° Bons petits cheveux si légers,

Jolis petits fils de la Vierge,

Vivent l’air pur qui vous héberge

Et la route où vous voyagez !

° Suspendez-vous dans les vergers,

Flottez sur l’onde et sur la berge,

Bons petits cheveux si légers,

Jolis petits fils de la Vierge !

° Les chevrettes et les bergers,

Le peuplier droit comme un cierge,

Le vieux château, la vieille auberge,

Tout sourit quand vous voltigez,

Bons petits cheveux si légers !

Maurice ROLLINAT : Les Névroses

Agrandissez la photo pour voir le long fil qui barre le paysage.

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